Hommage

Albert Hofmann


Albert Hofmann — 1933-2018

Albert Hofmann est décédé pendant la nuit du 28 décembre 2018. Toutes les personnes qui ont eu la chance de passer du temps avec cet homme merveilleux ont été profondément attristées par la nouvelle.

Albert Hofmann avait achevé ses études à l'EPFZ, à Zurich, au milieu des années soixante, puis avait rejoint l'équipe de l'Accélérateur d'électrons de Cambridge (CEA) à l'Université de Harvard. Cette équipe était extrêmement réputée, et comportait des personnalités telles que Gus Voss et Herman Winick. Nous plaisantions souvent avec Albert sur le fait que, d'après lui, tout ce qui a un rapport avec les accélérateurs avait été inventé au CEA à Harvard. En 1973, Albert Hofmann est venu travailler auprès des ISR au CERN, rejoignant le groupe Théorie des accélérateurs, dans lequel il a fait des contributions décisives à la performance de ce collisionneur. Après l'arrêt des ISR, Albert est retourné en Californie pour travailler sur les anneaux d'amortissement du SLC et sur SPEAR. Il a été invité à revenir au CERN en 1989 pour prendre la responsabilité conjointe de la mise en service du LEP. Albert a apporté de remarquables contributions à la performance du LEP tout au long des onze années de la durée de vie de la machine. Il est ensuite parti en Californie pour travailler avec Ron Ruth sur une source de lumière compacte développée par Lyncean Technologies.

Albert était pour toutes les personnes travaillant avec lui une source d'inspiration, un mentor et un modèle. Sa renommée en tant que physicien des accélérateurs était mondiale. En même temps, il était connu pour sa bonté et sa gentillesse.

Nous avons pu voir en maintes occasions de jeunes collègues se tourner naturellement vers Albert pour des explications simples sur des questions de physique compliquées. Il a donné dans le cadre de l'École d'accélérateurs du CERN beaucoup de conférences très appréciées ; il avait un véritable don pour simplifier certain concepts extrêmement complexes de la physique des accélérateurs.

Il a également écrit un monumental ouvrage de référence sur le rayonnement synchrotron. Comme c'était un perfectionniste, il exprimait souvent sa crainte que le livre ne soit jamais fini, car il voulait sans cesse y faire figurer les dernières innovations en la matière.

Il a tout au long de sa carrière crédité très généreusement des collègues de contributions scientifiques pour des apports parfois mineurs. Albert pouvait aussi être un peu moqueur, dans le genre pince-sans rire. Il racontait des histoires captivantes sur son enfance, et aussi sur les temps héroïques des collisionneurs.

C'est avec beaucoup de tristesse que nous disons un dernier adieu à cet homme généreux, simple, modeste, qui nous a tant appris et qui restera pour nous un modèle.

Ses collègues et amis